D’une autre manière (3/3)

9 mai 2020

En cherchant des chemins alternatifs à notre manière habituelle de considérer notre vie chrétienne, nous nous sommes interrogés sur la possibilité de considérer le bâtiment église comme un lieu de cheminement tout autant qu’un lieu où l’on s’installe. Il y a un besoin de se tenir rassemblés dans la durée pour que la Croix soit plantée et se tienne alors que notre monde et nos vies virevoltent (stat crux dum volvitur orbis) mais lorsqu’il n’est pas possible de stationner, l’église peut être le lieu du pèlerinage et du passage.

De même, nous nous sommes interrogés sur le fait que l’assemblée dominicale ne suffit pas à nourrir les fidèles de tout ce dont nous avons besoin en terme de communauté et de fraternité. Des groupes plus petits, tels que la maisonnée, le groupe de prière, une équipe resserrée à une quinzaine de membres existent déjà et sont certainement appelés à se développer. La famille est le premier groupe dont il nous faut prendre soin pour que parents et enfants y reconnaissent Dieu Trinité, L’adorent et Le prient chaque jour, tout en étant réceptifs à sa Parole.

En élargissant notre regard, il ne s’agit pas - bien évidemment - de souhaiter que le confinement dure toujours... ! ou d’exclure une manière pour une autre mais plutôt d’enrichir notre vie chrétienne d’expériences qui nous paraissent nouvelles mais qui ont, de fait, déjà porté du fruit.

Le troisième axe de réflexion est celui de l’annonce et de la transmission de l’Evangile. Notre culture est celle de l’écrit plus que de l’oral... L’écrit affaiblit la mémoire. A l’heure d’internet et des moteurs de recherche, nous avons tout au bout des doigts en quelques secondes... mais nous oublions presque tout aussi vite ce que nous avons découvert.
Avant d’avoir été écrit, les textes bibliques ont été annoncés oralement et mémorisés. Il en va de même pour l’Evangile. Si, assez facilement, nous avons en mémoire telle ou telle parole du Christ, savons-nous par coeur le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine ou celui de la Transfiguration.

Il existe aujourd’hui des chrétiens qui se rassemblent en école d’oralité où, sous la conduite d’une personne expérimentée qui joue le rôle de « traditionnaire » de référence, des fidèles se réunissent en maisons de six récitants et un premier récitant, pour faire une expérience initiale de la mémorisation et récitation du saint Évangile à partir d’un unique récitatif apostolique.

Dans le prolongement et d’une manière durable et fidèle, certains se constituent en maison de mémoire. Par groupe de sept, sous la conduite d’une « mère de mémoire », des fidèles se réunissent en une maison de sept récitants, pour proclamer oralement le saint Évangile de Notre-Seigneur, à partir d’un cycle enchaîné de récitatifs, de nature soit didactique soit liturgique, remontant à l’époque apostolique.

Alors, avez-vous imaginé la façon dont l’Evangile a pu être annoncé en quelques années à travers le bassin méditerranéen et même jusqu’en Inde et peut-être même en Chine à une époque où il n’y a avait pas d’imprimerie ? Par la mémoire des apôtres et des disciples du Christ !

Sommes-nous prêts à accueillir l’Evangile comme une Parole vivante qui touche nos coeurs pour le graver dans nos mémoires ? Personne ne pourrait nous l’enlever et nous pourrions toujours le redire et l’annoncer !

Cela représentera un effort mais pourrait bouleverser notre manière d’évangéliser et de rejoindre d’une manière puissante les familles qui, culturellement, viennent encore - mais pour combien de temps ? - demander un baptême, le catéchisme, les communions, le mariage...

En effet, Jésus nous a dit : Allez dire à tous les hommes la Bonne Nouvelle. La disons-nous ? La proclamons nous par notre bouche ?

Ta Parole Seigneur est une lampe sur ma route !

Père Michel BERGER