Homélie pour la nuit de Noël

24 décembre 2020

Bonsoir ! Qui êtes-vous ?
Oh ! je suis heureux de vous voir. Je ne vous connais pas tous même si derrière les masques, je reconnais certains visages. Soyez les bienvenus !

Mais je ne vous comprends pas : que faites-vous ici ? N’aurait-il pas été plus prudent de rester chez vous ? Le virus est-il parti ? Le couvre-feu est-il levé ?

Oh, oui, d’accord, vous aviez besoin de faire une parenthèse, de sortir de chez vous et (avant d’y revenir pour un repas de famille si attendu), de venir respirer l’air pur de NOËL.

Vous avez bien fait !
C’est bien ici, dans cette église, que nous venons au mystère de Noël… ou plutôt,
c’est bien ici, dans cette communauté d’un soir, que le mystère de Noël vient à nous.

Noël, c’est le ciel qui s’ouvre et la lumière de Dieu qui, dans la nuit, éclaire notre terre.
Noël, c’est Dieu qui se fait homme, c’est le Fils de Dieu qui naît, petit enfant,
de la Vierge Marie, sa mère qui l’a porté et protégé en son sein pendant 9 mois
sa mère qui n’a qu’une mangeoire pour le déposer, fragile et vulnérable, sur la paille, entre deux animaux.

Ce soir, vous êtes venus respirer l’air pur de NOËL. Après tant de mois de peurs et d’angoisse, avec de la fatigue ou de la lassitude, avec peut-être aussi un peu de colère et d’amertume, vous êtes venus voir cet enfant pour crier – du plus profond de vos cœurs – que la vie est plus que la survie, que la vie est plus forte que la mort.

En effet, comme le dit Saint Augustin, tu serais mort pour l’éternité si Jésus, le Fils de Dieu, n’était né dans le temps. Tu serais victime d’une misère sans fin, s’il ne t’avait pas fait miséricorde et annoncé que tu as plus de prix à ses yeux que le mal que tu es capable de commettre… et que Dieu pardonne en Jésus.
Tu aurais péri, s’il n’était pas venu.

Frères et sœurs, ces derniers mois, nous avons été confrontés à des questions existentielles sur la vie, sur la maladie, sur la mort, sur la nécessité d’être en relation en face à face, sans les masques de la tricherie ou du mensonge.
Nous avons fait l’expérience du manque de tendresse et d’étreinte et nous savons mieux que jamais que ce sont des besoins essentiels.

Ce soir, nous sommes exaucés : quelqu’un nous rejoint et ouvre un chemin de vie.
Dieu se fait l’un de nous, petit paquet de chair rose couché dans la crèche, et nous prenons mille précautions à l’occasion de sa naissance.
Mais quand Jésus aura grandi et commencera sa mission,
Jésus n’aura pas de masque, Il ne prendra pas de gants et Il nous dira avec force l’immense amour de Dieu.

Dieu lui-même vient à la rencontre de chacun de nous, brebis perdues que nous sommes, Il nous proposer de nous toucher et de nous prendre sur ses épaules afin qu’aucune brebis ne manque au troupeau du berger pour venir à la crèche. Jésus, dont le nom signifie Dieu sauve, ne vient pas seulement faire un petit tour annuel sur la paille de nos crèches domestiques, il vient chaque jour et nous appelle à vivre : je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.

Oui, d’accord, mais les hommes doivent toujours passer par la mort, n’est-ce pas ? Ecoutons la réponse de Jésus :
Je viens pour vous y rejoindre et quand j’aurais pris cette mort à bras le corps et sur les bras de la croix, alors les hommes ne seront plus seuls dans cette épreuve. Prenant ma main par la foi, ils se laisseront entrainer dans la victoire de ma résurrection pour que je les mène au Ciel.

Noël, c’est le ciel qui s’ouvre et le visage de Dieu Sauveur qui se montre à nous, sans masque et qui nous dit : « Bonsoir, je te connais. Je sais pourquoi tu es venu. Dis-moi simplement ta prière, je l’écouterai, je t’écouterai… et ensemble, nous avancerons vers le Ciel. »

- Seigneur Jésus, c’est vrai ? je peux te parler et te prier, alors écoute-nous, je t’en prie.

Seigneur Jésus, petit enfant nouveau-né, à toi, sans aucune crainte,
nous confions notre prière :
À nous qui sommes loin de celles et ceux que nous aimons,
aide-nous à trouver des façons d’être ton amour et ta tendresse pour notre prochain.
Que les restrictions que nous connaissons
nous rappellent les atteintes quotidiennes à la dignité humaine,
à la vie et à la sécurité fondamentale que subissent tant de femmes, d’hommes et d’enfants dans notre monde.
Nous qui sommes en bonne santé, rappelle-nous celles et ceux qui n’ont pas accès aux soins les plus élémentaires.
Nous qui limitons nos déplacements, rappelle-nous celles et ceux qui n’ont aucun refuge où aller.
Nous qui bénéficions d’un filet de sécurité sociale, rappelle-nous nos sœurs et nos frères sans sécurité et dont la situation est en train de s’aggraver.
Que l’inquiétude que nous éprouvons pour la vie de nos aînés nous incite à aimer et à chérir chacune des personnes que nous rencontrons tous les jours.
En ce temps de Noël, face à la peur, donne-nous de choisir l’amour, la paix et l’espérance. Amen.

Père Michel BERGER