Révélateur !

28 novembre 2020

Autrefois, avant l’ère du tout numérique, la capture d’une image et sa restitution en photographie demandaient un double et long processus : celui de la pellicule marquée par la lumière au moment de la brève ouverture de l’objectif, pellicule développée dans les ténèbres de la chambre noire et montrant l’image ‘en négatif’, puis celui du papier blanc travaillé à la lumière infrarouge montrant, après de nombreux essais, l’image ‘en positif’ : ces deux étapes se font chacune en trois bains successifs permettant les réactions chimiques dont la maîtrise est justement l’art du photographe :

  • - le premier appelé révélateur permettant de commencer la réaction faisant apparaître l’image,
  • - le deuxième, appelé bain de fixation pour arrêter cette réaction au bon moment et conserver l’image
  • - le troisième rinçant le tout à l’eau claire…

Les temps particuliers que nous vivons en cette année 2020 agissent en nous comme un révélateur de ce qui nous habite et de ce qui est essentiel dans nos vies. Dans l’épreuve que nous vivons aux côtés de tous nos contemporains, il y a une opportunité : de très belles choses peuvent ressortir, se développer et se manifester.

Aujourd’hui, certaines choses ont été décrétées essentielles : manger, boire, se soigner, travailler, si possible en télétravail… d’autres ont été décrétées non essentielles… au risque de nous faire perdre notre dignité d’hommes et de femmes appelés à s’épanouir bien au-delà des fonctions végétatives et des besoins matériels. Si la peur rend l’homme prêt à accepter de perdre sa dignité, si le danger le contraint à accepter beaucoup de concessions et de privations de liberté, il nous faut crier que la vie n’est pas qu’une simple survie animale ! Notre dignité d’hommes, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, se trouve justement dans notre capacité à ne pas se refermer sur nous-mêmes, à résister à notre pente animale et à cultiver le ‘non essentiel’. Je m’inspire ici d’un frère prêtre du diocèse de Bordeaux qui écrit : Lorsque je fais la relecture d’une année écoulée, ce qui émerge du flot continu de mes multiples activités, ce sont presque toujours des moments non essentiels : une marche en montagne, un livre qui aura nourri ma vie intérieure, un dîner partagé avec un ami, les heures passées à cultiver mon jardin ou à soigner mes abeilles, un concert dont les notes enchantent encore ma mémoire... J’en suis convaincu, ce qu’il restera de nous, à la fin, c’est le non essentiel.

Parmi ce qui est non essentiel aux yeux du monde, il y a Dieu
et il y a ce que nous commençons à préparer avec ce 1er dimanche de l’Avent : la naissance de Jésus, Noël !

Ces dernières semaines, j’ai vu - ici ou là – une nouvelle injonction sociale : « Sauvons Noël ! »
Mais n’est-ce pas une inversion ? N’est-ce pas Noël qui nous sauve ?

Nous le savons bien : Jésus est « non essentiel » aux yeux du monde. D’ailleurs, ses parents n’ont pas trouvé de place à Bethléem et cet enfant est né dans une étable. En marge. Non essentiel… Jésus est même le non essentiel par excellence ; celui qui vient nous libérer de la tyrannie du nécessaire, de l’utile et du rentable. Jésus est celui qui nous révèle que c’est précisément dans cette part non essentielle, rejetée et méprisée que nous sommes sauvés ! La prière est non essentielle ; aux yeux du monde, elle ne sert à rien et, à l’évidence, on peut très bien s’en passer. Mais ce qu’il restera de nous, à la fin, c’est le non essentiel...

La vie et l’enseignement de Jésus sont révélateurs ! Jésus – en personne – est révélation ! : Le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui nous L’a fait connaître. Jn 1, 18

Frères et sœurs, le temps de l’Avent nous est donné pour entrer dans la chambre intérieure, pour faire silence, pour veiller et faire ce long et patient travail de développement spirituel. Rendons-nous attentifs à ce qui, peu à peu, apparaît et se manifeste. Saint Paul nous l’a dit : vous attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ (1 Cor 1, 7). Prenons en les moyens : coupons tout ce qui fait du bruit, arrêtons le flot des informations anxiogènes… allons marcher au grand air avant d’aller reconnaître le visage du Christ dans celui des malades que nous visitons (même avec un masque ou par le téléphone) et des pauvres que nous servons. Acceptons d’être surpris afin d’accueillir notre Sauveur là où – jusqu’ici – nous ne l’attendions pas !

P. Michel Berger